L’EJE, une jardinière d’enfants

Après un article sur Coménius, allons aux origines de la création du métier d’éducateur de jeunes enfants et de son lien avec la nature. Parce que le métier d’éducateur de jeunes enfants trouve son origine dans le métier de jardinière d’enfants créée par Friedrich Fröbel. Le fondement de sa philosophie éducative cherchait à réaliser l’union complète de l’Homme et de la nature qui l’entoure pour un développement harmonieux.

F. Fröbel et les jardins d’enfants
Pédagogue allemand du XIXème siècle, il va inventer une méthode propre à la petite enfance inspirée des courants pédagogiques de Pestalozzi et de Coménius. Régie par un courant philosophique et éducatif où le petit enfant, comme une graine, suit son propre développement grâce à un environnement étudié pour lui de manière naturelle, sa pédagogie sera considérée comme un des programmes les plus efficaces et des plus complets d’éveil par le jeu des enfants âgés de trois à six ans avec la pédagogie Montessori.
En 1836, Fröbel créa son école enfantine à Blankenburg dans le nord de l’Allemagne. Quatre ans plus tard, il lui donnera l’appellation de « kindergarten » ou jardin d’enfants. Au sein de cet école, il créa son propre institut de formation pour accompagner les futures jardinières d’enfants.
A travers ce jardin d’enfants, F.Fröbel signifie que l’école est un lieu de vie où les enfants sont des plantes qui grandissent ensemble et s’aident mutuellement (clin d’oeil à la permaculture en vogue ce moment 😉 ). Les jardinières vont prendre soin de ces petites graines afin qu’elles deviennent des plantes en bonne santé. Il est persuadé de l’influence des phénomènes de la nature sur le développement et l’éducation des enfants.

« La plante humaine, comme la plante végétale, puise les éléments indispensables à son épanouissement non-seulement en elle-même, mais aussi et surtout dans les conditions au milieu desquelles elle germe »
F.Fröebel, De l’éducation de l’homme, 1826

Ces jardins d’enfants organisent l’environnement de l’enfant. Des activités adaptées lui sont proposées selon son propre rythme, sa propre croissance. Le jeu permet à chaque enfant qu’il devienne responsable, à sa mesure, de son propre développement. L’enfant trouve alors dans ce milieu un bien-être physique et morale pour grandir sereinement. Ce sont les grandes lignes éducatives que nous retrouvons dans nos établissements d’accueil du jeune enfant aujourd’hui.

« Les jeux de l’enfant sont le cœur de la plante qui s’épanouira toute la vie entière »F.Fröebel

Développement des jardins d’enfants en dehors du système éducatif français
Pauline Kergomard, fondatrice de l’école maternelle, travaillera beaucoup les travaux de Fröebel. Dans ses écoles pour les enfants de moins de 5 ans, les premiers apprentissages tels que la lecture, l’écriture et les mathématiques sont abordés. Le jeu et les activités artistiques ont également leur place dans ces lieux d’éducation. Toutefois, elle ne soutiendra pas le mouvement de ces écoles voulant faire de ces lieux des d’instruction à part entière, voulant plutôt favoriser le « développement naturel » de l’enfant.
Elle adhérait aux principes éducatifs de la pédagogie Fröebel mais n’en voulaient pas dans les institutions dont elle était responsable car elle considérait le matériel éducatif trop mécanique. Cependant, quelques jardins d’enfants vont être créés en France et surtout à paris à la fin du XXème siècle mais à la demande des parents, d’associations ou de personnalités privées. Elle s’ouvrent dans une démarche sociale et une demande de la société pour des situations spécifiques telles que des familles touchées par la misère.
C’est durant cette même période que va apparaître la protection de l’enfant et sa famille. Tout un réseau social va se créer autour des ses jardins d’enfants.

Pédagogie Fröbel et la nature : La culture des jardinets 
Ce pédagogue avait installé son établissement dans un petit château entouré par des parcs et des arbres. Il cherchait à faire aimer celle ci et la faire connaître aux enfants à travers des sorties quotidiennes dehors. Voici la présentation d’une de ses activités extérieures : La culture des jardinets
Les jardinets ont une haute portée éducative. Ils vont permettre de créer du lien entre l’enfant et la nature. Chaque enfant possède son propre coin de terre, et va y apprendre le respect de la propriété d’autrui. L’enfant sème, récolte et il y apprend la vie sociale en partageant les outils et en aidant les autres. Un véritable esprit de coopération émergera dans ces jardinets. En effet, si un enfant tombe malade, les autres enfants sont tenus d’entretenir son jardin. Puis, en parallèle des jardinets individuels, il y aussi le jardin communautaire où tous les enfants et les jardinières se retrouvent ensemble pour prendre soin de ce lieu. Les enfants disposent comme ils le veulent de ce qu’ils récoltent. L’enfant apprend ainsi à respecter la graine qu’il a semée, il prépare la fleur par les soins qu’il donne à la plante pour en récolter son fruit. La jardinière a également son propre jardinet. Chaque jour quelques enfants viennent soigner les plantes qui seront très utiles pour les « leçons de chose ». Et si le jardin d’enfants est en ville, les enfants cultivent dans les pots ! Les premiers pas de l’agriculture urbaine avec les enfants ??? 😉
A travers ses expériences, l’enfant développe ainsi ses facultés individuelles avec un aboutissement communautaire.

Que reste-t-il aujourd’hui de sa pédagogie ?
Nous avons gardé la question d’un environnement sécurisé et serein et la place du jeu dans l’accueil des enfants de moins de 6 ans mais le côté nature a disparu. Pourquoi ? Je fais encore des recherches sur ce sujet. Une des raisons qui n’engage que moi, c’est qu’avec les différentes épidémies du début du XXème siècle et pour la protection des enfants et des familles, les mesures d’hygiène se sont resserrés pour limiter les contaminations avec l’extérieur.

Il me fait plaisir de partager avec vous cet article car il était en veille depuis quelques temps au vue de sa longueur au début. Je suis ravie d’avoir réussi à le résumer pour vous.
Si vous voulez en savoir sur la pédagogie Fröbel, voici des liens qui m’ont été utiles pour cet article :
http://silapedagogie.weebly.com/freacutedeacuteric-froumlbel.html http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=2771 http://www.persee.fr/doc/rfp_0556-7807_1991_num_96_1_2488_t1_0127_0000_3

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Homologuer une cour extérieure dans une halte garderie : Témoignage d’une directrice et son parcours du combattant

     Durant ma dernière année de formation d’éducatrice de jeunes enfants, j’ai effectué mon stage long dans une halte garderie parisienne. Cette structure était située au rez de chaussée d’un immeuble comme de nombreuses garderies et crèches en ville.

Cette garderie a la chance de posséder une cour extérieure mais l’équipe éducative ne peut proposer cet espace aux enfants car les habitants de la tour jettent 1001 choses par leurs fenêtres. La cour devient donc un dépotoir où les déchets s’accumulent. Mais, il devient aussi un espace dangereux où à tout moment, tu peux recevoir une poubelle ou même une bouteille de verre sur la tête ! Une fois par mois, les services d’entretien de la ville viennent nettoyer cette poubelle géante. Un bel espace abandonné a son sort est bien dommage. De plus, la garderie a deux belles portes fenêtres qui donnent sur cette cour abandonnée où des chats ont élus domicile. Au moins, nous pouvons observer la maman chat et ses petits… Très utile durant les adaptations :).

     Lors de mon stage de mémoire, Céline, la nouvelle directrice et ancienne EJE de terrain dans cette même garderie, entama les démarches pour que cette cour devienne aux normes. En 8 mois, j’ai vu de nombreuses personnes venir voir l’état de la cour, prendre des mesures, estimer le coût des travaux. A mon départ, nous ne pouvions toujours pas sortir dehors. Nous restions donc enfermés dans cette garderie de 8h30 à 17h30 du lundi au vendredi. Enfin, les enfants car les adultes avaient la chance de sortir dehors pendant leur pause… Je vous invite à imaginer la chaleur dans cette garderie durant le début des grosses chaleurs à Paris, en rez de chaussée avec peu de courant d’air…

Ce stage a été une de mes expériences les plus formatrices et je suis toujours restée en contact avec Céline. Je lui ai donc envoyé un mail pour lui demander ce qu’il en était de la cour extérieure. J’en ai également profité pour lui poser des questions sur des projets plein air qui étaient en place lors de mon passage. Je partage avec vous notre échange.

Bonjour Céline, il y a 2 ans, j’étais en stage de mémoire dans la halte garderie où tu es directrice. Tu étais en pleine démarche pour faire homologuer la cour extérieure. Les enfants peuvent-ils aujourd’hui aller jouer dehors ? Peux-tu nous résumer les démarches faites pour mettre aux normes cet espace extérieur ?

Toujours pas malheureusement…. Cette année il y a eu un gros dégât des eaux dans les caves de l’immeuble dû à un tuyau d’évacuation passant dans notre jardin. Paris Habitat a dû tout démolir et réparer… c’est donc l’occasion de refaire aux normes PE avec l’accord de l’architecte de la Direction des Familles et de la Petite Enfance (rattaché à la mairie de paris). L’espoir naît en nous !!!  Nous avons les professionnels et surtout le budget !!!

Mais voilà…. les normes de sécurité sont complètement démentielles :
1) Enlever des alentours tous les arbres fruitiers (notre beau cerisier: bye bye, les rosiers: bye bye) : ok (tant pis nous ferons sans…)
2) Le sol en revêtement souple d’une hauteur de 4 cm : ok !
3) Des barrières type « parisiennes » pour maintenir les enfants: ok !
4) Un portillon pour assurer le passage des sorties de secours: ok !
5) Un filet de protection contre les jets d’objets entre la salle d’enfants
6) Et une protection sur le haut-vent en acier plein pour éviter les jets d’objets ET résistant à la chute d’un corps du haut de l’immeuble…. ??? Chose impossible à trouver pour le moment…

Paris Habitat veut une réponse de la DFPE pour… AUJOURD’HUI, sinon il abandonne la remise en état du jardin. Le budget est seulement validé pour 2015 et le temps de lancer les travaux, on sera en 2016 (on marche sur la tête !!!)
Donc à ce jour pas de réponse de l’architecte de la DFPE (il est 14h28) donc je commence à perdre tout espoir…

Quelles sont tes impressions ?
Mes impressions ? Un raz le bol !!! Il faut des conditions incroyables pour la sécurité (je veux bien) mais à chaque solution trouvée un nouveau problème arrive… une lenteur administrative… Obligation d’avoir l’accord de l’architecte pour tout (mais peu disponible…). Aujourd’hui cet espace et un vrai dépotoir, une poubelle à ciel ouvert, un squat de jeunes. C’est déprimant….

Pourquoi as-tu fait le choix de faire ces démarches pour avoir cette cour extérieure ?
Parce qu’un enfant qui vient en journée de 8h30 à 17h30 tous les jours mérite d’aller respirer l’air extérieur, de courir dans tous les sens, crier, se défouler, jouer avec des petits cailloux, des branches ou feuilles mortes trouver parterre !!!
Même si l’équipe assure en terme d’imagination un maximum d’activités, cela ne remplace pas une bonne bouffée d’air…

Nous avions écrit un projet jardinage, quand l’espoir était encore là, où les enfants pourrait patouiller dans la terre, planter des graines et voir si ça pousse….. on va devoir attendre…

Les membres de l’équipe dès qu’ils le peuvent organisent des sorties mais c’est sans compter la difficulté des normes d’encadrement (1 adulte pour 2 enfants) alors quand c’est la période des adaptations ou qu’un membre de l’équipe est absent, ça devient vite impossible… sans compter la période de plan vigipirate rouge depuis les attentat de Charlie Hebdo: SORTIE INTERDITE !
Heureusement aujourd’hui, le plan vigilpirate s’est adoucit et nous pouvons les reprendre !

L’avantage du projet de la halte, la place du parent, nous pouvons grâce à eux et à leurs participations dans les activités donner du renfort à l’équipe pour plus de sorties !

Il y avait des sorties au marché avec quelques enfants et des parents pour préparer la collation du midi ? Quels regards portes-tu sur ces sorties dans le quartier ?
OUI et nous tenons à garder ces quelques sorties au marché ou à la boulangerie !!!!
Les enfants, seuls ou accompagnés de leurs parents, sont contents de nous montrer qu’ils connaissent cette rue, cet immeuble « c’est là où je vis », cette école « c’est là où va ma sœur », ce magasin « où je vais avec ma maman »…
C’est l’occasion pour les enfants de partager un peu de leur quotidien et surtout de fierté pour eux car ILS CONNAISSENT !

Depuis deux ans, avec l’équipe, avez-vous mis en place d’autres sorties à l’extérieur avec les enfants de la halte garderie avec ou sans les parents ? Pourquoi ?
Oui nous faisons des sorties à la Villette (au parc ou à la maison des tout petits) et à la bibliothèque de quartier mais uniquement en présence des parents (à cause du plan vigipirate et toujours de ce fameux taux d’encadrement).

Nous souhaitons ainsi proposer aux familles de s’approprier les ressources de leur quartier. Les parcs et les bibliothèques sont des endroits où il n’est pas nécessaire d’avoir des sous pour passer de bon moment avec ses enfants…

Aussi, nous arrivons parfois à aller au petit parc à coté, surtout pendant les vacances scolaires quand il y a moins d’enfants. Ce petit parc est très bien pensé : deux jeux, un coin d’herbe et bien fermé de telle sorte que nous pouvons laisser faire les enfants sans intervention de notre part toutes les deux minutes pour régler un conflit ou autres.

Il est impressionnant comment les enfants gagnent en autonomie une fois dehors !!! Chacun est occupé à grimper, courir ou fait sa petite expérience avec de l’herbe, une feuille, un insecte ou à regarder les arbres, le ciel et les avions…

Dernier question, as-tu des informations à partager avec nous de ces expériences dehors ?
Eh ben moi je dis: SORTIR AVEC LES ENFANTS C’EST BIEN PLUS REPOSANT POUR LES PROFESSIONNELS !

Un grand merci à Céline pour son témoignage, je vous dis à très vite pour la suite de cet article concernant les normes de sécurité ! 🙂