Ouvrir les structures petite enfance à leur environnement proche : est-ce vraiment possible dans leur fonctionnement actuel ?

Tout commence à la conférence à laquelle j’ai participé il y a quelques semaines. Voilà la question de départ : Comment pacifié notre rapport à l’environnement ? Je ne vous cache pas que j’ai été un peu déçue car elle a plus fait état de la situation environnementale et animale qu’une réflexion sur nos actions concrètes pour changer les choses. Cependant, cela ne m’a pas démotivée pour m’investir dans la promotion de la place du jeux extérieurs et d’un rapprochement avec la nature dans les structures petite enfance.

Par contre, les nouvelles dans la halte-garderie où je travaille (à Paris) m’ont données un sentiment d’impuissance face à la législation, ou plutôt au manque de législation au sujet de la prise en compte de l’environnement proche pour les structures petite enfance.

Cet article partira donc d’une des informations rappelées durant cette conférence en la liant avec un événement qui a eu lieu sur mon lieu de travail. Elle sera comme la conférence plus un état des lieux et l’apparition de nombreuses questions… Mais, ça ne veut pas dire que je ne suis pas motivée pour défendre mon positionnement ! 🙂

Plus de la moitié de l’humanité vit en milieu urbain !

D’après différentes recherches, il serait plus facile d’explorer, de faire des essais en ville. Par exemple, de manière globale en France, le mouvement pour la protection de la nature est né dans les villes ou le droit des femmes s’est développé en ville pour ensuite se généraliser au pays.

Il semble donc que le terreau urbain soit source d’innovation et de progression sur différents sujets sociétaux. Peut-être qu’en ville, il est plus facile d’avoir un effet collectif conséquent pour le changement. Nous devons donc prendre en compte cette forte population urbaine et avoir confiance en elle pour bouger les choses !

Il semblerait donc, que pour donner un impact sur l’importance de notre contact avec la nature des initiatives « écoresponsables » se développent en milieu urbain… Tout va bien, nous observons depuis quelques temps un relation différente entre ville et nature comme le projet « permis de végétaliser »  lancé par la mairie de Paris ou l’explosion de l’agriculture urbaine à Montréal.

En tant qu’EJE et voulant proposer des rencontres entre l’enfant et la nature en milieu urbain, je me dis alors que je suis à la bonne place pour développer ce projet. De plus dans l’association où je travaille, il y a un fort projet de faire connaître aux familles les initiatives de leur quartier. Les structures petite enfance proposent aux enfants des sorties à la bibliothèque, à la boulangerie ou à l’épicerie pour acheter de quoi faire un bon gâteau avec des produits bios et même des piques-niques goûter avec les parents dans des parcs ! Me voilà donc entrain de rêver… jusqu’à ce que tout soit requestionné…

Le « vide juridique » des sorties extérieures dans les structures petite enfance : un air de déjà vu…

Les responsables Petite Enfance de l’association ont épluché les décrets régissant l’accueil du jeune enfant en structure collective… Aucun texte ne mentionne la question des sorties extérieures. En clair, s’il y a un accident en allant chercher du pain à la boulangerie d’à côté ou en allant à la bibliothèque avec un groupe d’enfants de moins de trois ans, l’équipe et la direction sont en tord et surtout ne sont pas assurées en dehors des quatre murs de la structure petite enfance.

Suite au témoignage d’une directrice d’une halte-garderie confronté aux problématiques administratives et législatives pour homologuer leur cour extérieur, je vous avais fait part de mes difficultés à trouver des informations officielles sur les normes pour la création de ces cours extérieures dans la petite enfance. Il semblait que cela se faisait plus au bon vouloir de l’architecte et de la PMI.

Têtue et ne voulant pas abandonner cette idée d’ouverture sur le voisinage de la halte-garderie (Nous avons à proximité un grand parc et plusieurs jardins partagés associatifs), je me suis attelée à la recherche sur Legifrance et ses décrets, sur les forums, sur les sites sur l’accueil jeune enfant… je trouve très peu de choses ou celles que je trouve date de 2008… Sommes-nous les seuls à vouloir sortir les enfants des structures petite enfance ? A moins que vous ne vous posiez la question du protocole et d’assurance ?
Il semble que nous soyons de nouveau confrontés à une problématique législative.

 Et ce fameux un adulte pour 2 enfants ?  

Une information semble circuler, c’est l’encadrement d’un adulte pour deux enfants pour des sorties en groupe à l’extérieur de la structure petite enfance. Apparemment, elle trouve son origine dans une sorte de croyance et de confiance accordées aux informations données par les centres de protection maternelle et infantile (PMI)…

Bye bye les sorties ! On reste à l’intérieur ?!?!

Nous sommes bien loin des projets de nos amis européens ou d’Amérique du Nord.
Petit Rappel : Les structures petite enfance au Québec ont pour obligation de sortir une fois par jour dehors et avoir un parc de jeux à moins de 500 mètres de l’installation !

Dans ces conditions, quelle place donnée à l’environnement proche des structures petite enfance et donc de la nature dont nous avons tant besoin ? Devons-nous rester enfermés, rester dans notre  » bulle de sécurité » et faire venir à nous toutes sortes d’intervenants ?

Durant la conférence, il a été soulevé qu’il serait important de re-créer du lien entre les êtres humains avant de re-créer du lien avec la nature. Je me pose une question inverse la nature peut-elle aider à recréer du lien social entre les habitants d’un quartier, d’une ville, d’un village ? Par exemple, c’est ce que propose la Mairie de Paris dans sa charte Main Verte lors de la création associative d’un jardin partagé.

Et si les structures petite enfance s’intégraient, s’essayaient ou s’inspiraient de ces nouvelles initiatives urbaines pour donner une place à la nature auprès du jeune enfant ?

… ENQUETE  ET REFLEXIONS TOUJOURS EN COURS…

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Homologuer une cour extérieure dans une halte garderie : Témoignage d’une directrice et son parcours du combattant

     Durant ma dernière année de formation d’éducatrice de jeunes enfants, j’ai effectué mon stage long dans une halte garderie parisienne. Cette structure était située au rez de chaussée d’un immeuble comme de nombreuses garderies et crèches en ville.

Cette garderie a la chance de posséder une cour extérieure mais l’équipe éducative ne peut proposer cet espace aux enfants car les habitants de la tour jettent 1001 choses par leurs fenêtres. La cour devient donc un dépotoir où les déchets s’accumulent. Mais, il devient aussi un espace dangereux où à tout moment, tu peux recevoir une poubelle ou même une bouteille de verre sur la tête ! Une fois par mois, les services d’entretien de la ville viennent nettoyer cette poubelle géante. Un bel espace abandonné a son sort est bien dommage. De plus, la garderie a deux belles portes fenêtres qui donnent sur cette cour abandonnée où des chats ont élus domicile. Au moins, nous pouvons observer la maman chat et ses petits… Très utile durant les adaptations :).

     Lors de mon stage de mémoire, Céline, la nouvelle directrice et ancienne EJE de terrain dans cette même garderie, entama les démarches pour que cette cour devienne aux normes. En 8 mois, j’ai vu de nombreuses personnes venir voir l’état de la cour, prendre des mesures, estimer le coût des travaux. A mon départ, nous ne pouvions toujours pas sortir dehors. Nous restions donc enfermés dans cette garderie de 8h30 à 17h30 du lundi au vendredi. Enfin, les enfants car les adultes avaient la chance de sortir dehors pendant leur pause… Je vous invite à imaginer la chaleur dans cette garderie durant le début des grosses chaleurs à Paris, en rez de chaussée avec peu de courant d’air…

Ce stage a été une de mes expériences les plus formatrices et je suis toujours restée en contact avec Céline. Je lui ai donc envoyé un mail pour lui demander ce qu’il en était de la cour extérieure. J’en ai également profité pour lui poser des questions sur des projets plein air qui étaient en place lors de mon passage. Je partage avec vous notre échange.

Bonjour Céline, il y a 2 ans, j’étais en stage de mémoire dans la halte garderie où tu es directrice. Tu étais en pleine démarche pour faire homologuer la cour extérieure. Les enfants peuvent-ils aujourd’hui aller jouer dehors ? Peux-tu nous résumer les démarches faites pour mettre aux normes cet espace extérieur ?

Toujours pas malheureusement…. Cette année il y a eu un gros dégât des eaux dans les caves de l’immeuble dû à un tuyau d’évacuation passant dans notre jardin. Paris Habitat a dû tout démolir et réparer… c’est donc l’occasion de refaire aux normes PE avec l’accord de l’architecte de la Direction des Familles et de la Petite Enfance (rattaché à la mairie de paris). L’espoir naît en nous !!!  Nous avons les professionnels et surtout le budget !!!

Mais voilà…. les normes de sécurité sont complètement démentielles :
1) Enlever des alentours tous les arbres fruitiers (notre beau cerisier: bye bye, les rosiers: bye bye) : ok (tant pis nous ferons sans…)
2) Le sol en revêtement souple d’une hauteur de 4 cm : ok !
3) Des barrières type « parisiennes » pour maintenir les enfants: ok !
4) Un portillon pour assurer le passage des sorties de secours: ok !
5) Un filet de protection contre les jets d’objets entre la salle d’enfants
6) Et une protection sur le haut-vent en acier plein pour éviter les jets d’objets ET résistant à la chute d’un corps du haut de l’immeuble…. ??? Chose impossible à trouver pour le moment…

Paris Habitat veut une réponse de la DFPE pour… AUJOURD’HUI, sinon il abandonne la remise en état du jardin. Le budget est seulement validé pour 2015 et le temps de lancer les travaux, on sera en 2016 (on marche sur la tête !!!)
Donc à ce jour pas de réponse de l’architecte de la DFPE (il est 14h28) donc je commence à perdre tout espoir…

Quelles sont tes impressions ?
Mes impressions ? Un raz le bol !!! Il faut des conditions incroyables pour la sécurité (je veux bien) mais à chaque solution trouvée un nouveau problème arrive… une lenteur administrative… Obligation d’avoir l’accord de l’architecte pour tout (mais peu disponible…). Aujourd’hui cet espace et un vrai dépotoir, une poubelle à ciel ouvert, un squat de jeunes. C’est déprimant….

Pourquoi as-tu fait le choix de faire ces démarches pour avoir cette cour extérieure ?
Parce qu’un enfant qui vient en journée de 8h30 à 17h30 tous les jours mérite d’aller respirer l’air extérieur, de courir dans tous les sens, crier, se défouler, jouer avec des petits cailloux, des branches ou feuilles mortes trouver parterre !!!
Même si l’équipe assure en terme d’imagination un maximum d’activités, cela ne remplace pas une bonne bouffée d’air…

Nous avions écrit un projet jardinage, quand l’espoir était encore là, où les enfants pourrait patouiller dans la terre, planter des graines et voir si ça pousse….. on va devoir attendre…

Les membres de l’équipe dès qu’ils le peuvent organisent des sorties mais c’est sans compter la difficulté des normes d’encadrement (1 adulte pour 2 enfants) alors quand c’est la période des adaptations ou qu’un membre de l’équipe est absent, ça devient vite impossible… sans compter la période de plan vigipirate rouge depuis les attentat de Charlie Hebdo: SORTIE INTERDITE !
Heureusement aujourd’hui, le plan vigilpirate s’est adoucit et nous pouvons les reprendre !

L’avantage du projet de la halte, la place du parent, nous pouvons grâce à eux et à leurs participations dans les activités donner du renfort à l’équipe pour plus de sorties !

Il y avait des sorties au marché avec quelques enfants et des parents pour préparer la collation du midi ? Quels regards portes-tu sur ces sorties dans le quartier ?
OUI et nous tenons à garder ces quelques sorties au marché ou à la boulangerie !!!!
Les enfants, seuls ou accompagnés de leurs parents, sont contents de nous montrer qu’ils connaissent cette rue, cet immeuble « c’est là où je vis », cette école « c’est là où va ma sœur », ce magasin « où je vais avec ma maman »…
C’est l’occasion pour les enfants de partager un peu de leur quotidien et surtout de fierté pour eux car ILS CONNAISSENT !

Depuis deux ans, avec l’équipe, avez-vous mis en place d’autres sorties à l’extérieur avec les enfants de la halte garderie avec ou sans les parents ? Pourquoi ?
Oui nous faisons des sorties à la Villette (au parc ou à la maison des tout petits) et à la bibliothèque de quartier mais uniquement en présence des parents (à cause du plan vigipirate et toujours de ce fameux taux d’encadrement).

Nous souhaitons ainsi proposer aux familles de s’approprier les ressources de leur quartier. Les parcs et les bibliothèques sont des endroits où il n’est pas nécessaire d’avoir des sous pour passer de bon moment avec ses enfants…

Aussi, nous arrivons parfois à aller au petit parc à coté, surtout pendant les vacances scolaires quand il y a moins d’enfants. Ce petit parc est très bien pensé : deux jeux, un coin d’herbe et bien fermé de telle sorte que nous pouvons laisser faire les enfants sans intervention de notre part toutes les deux minutes pour régler un conflit ou autres.

Il est impressionnant comment les enfants gagnent en autonomie une fois dehors !!! Chacun est occupé à grimper, courir ou fait sa petite expérience avec de l’herbe, une feuille, un insecte ou à regarder les arbres, le ciel et les avions…

Dernier question, as-tu des informations à partager avec nous de ces expériences dehors ?
Eh ben moi je dis: SORTIR AVEC LES ENFANTS C’EST BIEN PLUS REPOSANT POUR LES PROFESSIONNELS !

Un grand merci à Céline pour son témoignage, je vous dis à très vite pour la suite de cet article concernant les normes de sécurité ! 🙂